MANUEL DE SECOURS pour Vénérable Maître... très seul en Loge

Cette charge n'est pas toujours un long fleuve tranquille

Polir sa pierre jusqu'à la poudre

Polir sa pierre jusqu'à la poudre

Tous les maçons ont entendu les anciens leur conseiller de polir leur Pierre. C’est logique, puisque les Apprentis sont appelés des pierres brutes, qui grâce aux outils symboliques, tels que le ciseau et le maillet, vont se transformer en pierre cubique.

Alors moi, depuis des années une question me taraude : « Si on doit passer sa vie à polir sa Pierre, après 40 ou 50 ans de pratique maçonnique, ne risque t’on pas de trouver le jour de l’enterrement du Frère un petit tas de poudre à la place d’une Pierre cubique ? C’est vrai quoi, à force d’astiquer cette maudite Pierre elle va finir par se désagréger ! »

Par ailleurs, si toutes les Pierres d’une Loge sont polies et lisses comme des patinoires olympiques, comment vont-elles s’unir pour créer un bel édifice ? N’est-ce pas par les aspérités que les humains se complètent, s’unissent et s’enrichissent ? Si tout le monde est lisse, on glisse de pierre en pierre jusqu’au trou final. N’est-ce pas la singularité qui fait la personnalité d’un être ?

J’avoue que j’y perds mon Rituel en latin, car si je dois polir ma pierre, et qu’elle doit garder sa particularité et ses aspérités alors pourquoi la polir ? Ma grand-mère était taquine, elle aurait répondu : « C’est en forgeant qu’on devient forgeron et c’est en polissant… », mais cela ne fait pas beaucoup avancer ma recherche. Alors j’ai contacté un vieux Frère qui a réponse à tout, un certain Roger E. Oui je sais, j’ai cessé de contacter Roger D., car cela créait des confusions et j’ai reçu une demande d’explication d’un certain Roger Durant et son frère Roger Dupont, tous deux bien connus des amateurs de BD. Ces derniers croyaient à tort que je parlais d’eux. Quelle méprise !

Mon vieux conseiller Roger E. m’a donc fait une proposition d’explication que je partage avec vous. En sage il m’a dit : « Le maçon n’est pas ce qu’il fait, mais ce qu’il est » il a rajouté qu’on peut polir toute une vie sa Pierre, si la conscience du Maître est la même que celle du profane, autant arrêter immédiatement, car cela ne sert à rien.

Je me suis assis pour y penser et j’ai fini par arriver à une conclusion que je vous soumets : « Et si le but de la Franc-maçonnerie était tout simplement d’arriver à se connaitre et à s’aimer soi même, sans aucune condition, pour arriver enfin à aimer tous les autres. C’est ainsi que peut naitre la vraie fraternité ; Sinon il s’agit d’une fraternité de façade qui vole en éclats au premier dérangement »

On peut imaginer que les fameuses aspérités de la Pierre sont des restes de petits blocages pour révéler la Lumière intérieure. Mais dès que l’éclairage devient complet par la révélation de qui nous sommes réellement, il n’est plus utile de polir, ça rayonne suffisamment de l’intérieur. C’est comme en musique, l’accord est parfait et les sons sont alignés. 

Comme certains maçons cherchent à transformer le monde pour le mettre en harmonie avec leur vision intérieure, au lieu de rayonner, ils consacrent leur vie à briller. C’est là que les problèmes commencent, car après une vie à amasser de la poudre de Pierre par un travail acharné, au moindre coup de vent, tout le brillant se ternit. Il est vrai qu’une Pierre à toujours un pouvoir d’aimantation et la poudre reste très fidèle à sa Pierre.

Comme disait Krisnamurti : « Il est bon de naitre dans une religion mais pas d’y mourir ». Il est bien possible que ce soit la même chose en  Franc-maçonnerie, il est bon de naître à la Franc-maçonnerie mais il est fort possible que la finalité soit d’en sortir… du moins lorsque le Temple du dedans et celui du dehors se confondent, mais là, le nombre d’appelés arrivés à cette fusion est moins important que le nombre d’élus. C’est probablement ce qui explique que dans certains milieux maçonniques, il arrive encore trop souvent que ça sente très fort la poudre.

Je dois vous laisser, je vais mettre aux abris.

Bonne soirée à bientôt

Franck