MANUEL DE SECOURS pour Vénérable Maître... très seul en Loge

Cette charge n'est pas toujours un long fleuve tranquille

La honte de son appartenance maçonnique

La honte de son appartenance maçonnique

Ce billet va en énerver plus d’un. Tant pis, je me lance : Vous avez déjà rencontré des gens du Lion’s Club ou du Rotary Club ? Vous avez vu comme ils sont fiers d’arborer le pin’s de leur organisation ?

Dans un autre registre, vous avez certainement des amis chrétiens, juifs, musulmans ou Bouddhistes ? Vous les avez vus se cacher pour pratiquer ? Moi jamais. Certains ont même des autocollants sur leur voiture.

En revanche, pour les francs-mac, lorsqu’il s’agit  de se dévoiler, là y’a plus grand monde. Plutôt montrer son kiki sur la plage naturiste des Frères Oltra au Cap d’Agde que de sortir son baudrier devant des profanes.

Tout le monde sait qu’être un Frère « la Gratouille » (le nom donné aux maçons par Mitterrand) est un honneur et certains très courageux déclarent effrontément : « Même pas peur ! » Il n’empêche que je ne connais pas beaucoup de maçons qui osent s’afficher dans la presse locale avec fierté.

Pendant la rédaction de ce billet, j’ai quand même trouvé trois maçons téméraires qui ont accepté de m’apporter leur témoignage. Ils affirment que toute cette discrétion vient de la guerre 39/45, car les méchants internaient les maçons pour les punir. Ce n’est pas faux, mais en même temps ils enfermaient aussi les tziganes, les juifs et les homosexuels. Pourtant ces trois groupes ne se cachent plus depuis longtemps. Je ne propose évidement pas d’organiser une gay-parade maçonnique avec des chars pilotés par nos Grands Maitres et des loges en action sur les plateaux derrière le tracteur, mais au moins, d’avoir le courage de se dévoiler en toute modestie… et surtout d’être fier de son appartenance. 

J’émets une hypothèse. Et si, tout simplement, tous les Frères et Sœurs étaient solidaires dans la discrétion et que chacun attendrait tout simplement que l’autre commence le premier à se dévoiler. Un jeu du genre : « Toi le prem’s, non toi d’abord ». Car dans le fond, les maçons ne risquent plus rien en 2018. Il est nettement plus risqué pour une grand-mère de se rendre au distributeur avec sa carte bleue que pour un maçon de sortir du Temple avec cinq de ses Frères.

Pourtant, tout le monde se planque. On installe des portiques de sécurité, on emploie des gardiens et on ne va pas tarder à faire des répétitions d’évacuation de Loge. Après cela, il ne faut pas s’étonner qu’on jase dans notre dos, que des ragots circulent et qu’on fasse ricaner le public.  

Ceci étant dit, si une bande de courageux résistants, des Jean Moulin de la Fraternité, montraient l’exemple, cela aurait peut-être un effet bénéfique secondaire important sur le monde extérieur et sur l’image des maçons. Par exemple :

-          Les profanes arrêteraient de fantasmer sur nos réunions secrètes,

-          les journaux ne pourraient plus diffuser les marronniers annuels pour dévoiler des pseudos secrets fumeux,

-          Un large public aurait certainement envie de nous rejoindre, car nous deviendrions des gens normaux, on donnerait peut-être aussi le désir à des jeunes de s’impliquer…

Enfin, je veux dire par là que la maçonnerie deviendrait une pratique normale quoi. Plus elle se partagerait, plus elle s’orienterait vers le futur pour éviter de vivre perpétuellement dans son musée paléontologique issu de son très glorieux passé.

Bon il est exact que d’un autre côté, être Franc-maçon deviendrait soudainement assez banal. Je ne suis pas certain que tout le monde en ait très envie dans nos rangs. C’est vrai quoi, le Frère qui rentre chez lui le soir, tel James Bond qui rentre d’une mission pour sa majesté la Reine, cela a du panache auprès de sa femme et des enfants. Alors que là, le même gars qui rentre d’une soirée belotte arrosé de rouge avec des copains, ça tue un peu le mythe du héros, c’est certain !

Je sens que ce n’est pas encore gagné mon affaire. Ce n’est pas encore demain qu’on verra une Porsche participer aux 24h du Mans, sous les couleurs du Grand Orient de France. Ou encore, une Twingo de la Loge « Fraternité Universelle » de la Grande Loge de France circulant dans les rues de Montluçon avec un calicot sur les portières qui dit « Faites-vous initier. Devenez Franc-maçon et vivez l’expérience de la Lumière. Tous les lundis, venez nous retrouver au n° 7 rue de l’Acacia ».

Il est certain que la maçonnerie perdrait de son charme ou de son attrait mystique, car beaucoup plus de femmes, de nombreux membres des classes sociales défavorisées, beaucoup plus de jeunes… enfin tout le monde en somme, pourrait devenir maçon et çà deviendrait aussitôt banal. Pour certains, il y a un risque pire que de vulgariser la maçonnerie, ce serait qu’elle perdre son patriarcat et surtout son essence anglaise qui nous replonge dans nos racines outre Manche. Pour certains, cette simple idée est insupportable. C’est un peu comme proposer à un croyant/pratiquant de L'Église catholique, apostolique et romaine de déplacer le Vatican à Marne la Vallée. Ce serait sacrilège.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai l’impression qu’on est à un carrefour entre évoluer vers demain ou nous fossiliser sur les gloires d’hier.

Bon je dois vous laisser, mes gardes du corps me proposent de me raccompagner dans mon château fort.

Bonne soirée à bientôt